Péril jaune

Qui s’en souvient encore? Quelques vieux de mon espèce, peut être…même pas sûr, les grosses vedettes laissent des marques indélébiles dans les tronches du populo, les petites, plus confidentielles, finissent toujours dans les oubliettes du temps qui fout son camp avec une constance méprisante. Celui-là je l’aimais bien, il m’amusait beaucoup avec son air de ne pas y toucher. Il racontait des histoires un peu loufoques mais pas tant que ça, désopilantes, en tout cas, et en français, qui plus est, de quoi estomaquer tous les humoristes à la flanc de notre époque de merde! Écoutez moi donc la panse de brebis farcie vous m’en direz des nouvelles! Jacques Bodoin possédait une inestimable richesse  qui s’est bel et bien perdue depuis un bon demi-siècle: l’esprit au sens ou, alors, on employait ce mot. Il a beaucoup d’esprit disait-on de quelqu’un qui savait faire rire avec élégance, sans en rajouter ni basculer dans cette vulgarité odieuse qui se vend si bien de nos jours. On ne parle plus ainsi, forcément, vous imaginez prononcer, à propos de Djamel Deux Bouses « il a de l’esprit« ? Totalement antinomique, pas vrai? Et ce que je vous sors là, ce ne sont pas des souvenirs de bourge, quand j’étais petit la classe moyenne parlait un français plutôt châtié et l’écrivait sans fautes -ou presque-  parce que l’École de la Répupu parvenait encore, tant bien que mal , à enseigner le plus gros . Je vous parle des années cinquante/soixante… après,  Soixante-Huit à accompli son œuvre et le regroupement familial a fait le reste.
En voilà encore un qui s’en est allé bouffer les pissenlits par la racine, comme on disait au temps dont je vous parle. Il avait traversé un sacré désert, le brave Jacques Bodoin, depuis quarante ans -au bas mot- on n’en n’avait plus du tout entendu parler… passé de mode, que voulez vous, et probablement pas en odeur de sainteté auprès des nouveaux patrons du PAF, pas baptisé au sécateur, plus bankable sans compter qu’on ne capte rien à ce qu’il raconte le vieux boloss, allez, poubelle, y a Arthur qui attend! Et voilà qu’on apprend sa mort, enfin la vraie, l’autre c’était déjà un peu fait. Remarquez, il s’apprêtait à entrer dans sa quatre vingt dix neuvième année, en pareil cas il est de bon ton de s’éclipser, d’aller se reposer pour de bon.
Cependant, son petit Philibert, victime expiatoire des adultes, de même que Chausseillon , son cancre à l’accent de Montélimar, superbe et inspiré, désormais septuagénaires, doivent se sentir un peu abandonnés, c’est le sort commun des anciens qui voient leur monde partir en quenouille, tout doucement, sans faire de bruit, comme le temps sépare ceux qui s’aiment dans les « Feuilles Mortes », mais sans pitié, sans rémission… Quand Robert Lamoureux, voilà déjà quelques années, passa discrètement l’arme à gauche, j’eus à peu près la même impression, le train de la vie qui laisse les gens sur le quai; on les voit un moment, puis on ne les voit plus, ils disparaissent et bientôt on les oublie, on passe à d’autres gens, à d’autres choses… Ça vaut pour tout le monde mais parfois c’est plus douloureux, parce qu’il s’agit de petits morceaux de nous mêmes qui tombent et qui ne reviendront jamais.

Jean Foupallour, lui, cette sorte de considération, il s’en balance comme de sa première paire de sandales à lanières, celles qui s’accordaient si bien à ses jolies chaussettes à rayures rouges et jaunes. Son problème, à Jeannot, consiste pour le moment à essayer d’apercevoir la petite culotte de Pompy. Cette dernière, perchée sur un haut tabouret devant le comptoir de Thérèse, sirote un chouette cocktail à base de jus de fruits variés additionnés de tout un panel d’alcools divers avec une dominante gin bien marquée. Il l’a attirée au bistrot par ce moyen, Jeannot, la trouvaille du breuvage divin qu’il ne faut surtout pas louper et hop, embarquée la nana! Sauf que, bien sûr, elle n’en a rien à foutre du camarade Foupallour, qu’il le sait lui aussi pertinemment…et c’est pourquoi son plaisir consistera à mater, avec l’espoir que ce soit le jour du string transparent, voire de rien du tout. En attendant, il bave, le brave garçon, Dieu merci dans son verre de pastaga, ça fait tout de même moins négligé que sur le zinc.

Grauburle, en revanche, très attentif à l’actualité politique internationale, prononce en ce moment même une conférence sur la nécessité absolue, selon lui, d’arrêter les Chinois dans leur avancée irrésistible vers la domination universelle.
-« Vous comprenez -annonce-t-il en dévorant une poignée de cacahuètes dont la majeure partie finit, du coup, dans la tronche de Blaise Sanzel qui, en face, déguste son Martini sans rien demander à personne- si on les laisse faire, ces magots, ils vont carrément nous bouffer jusqu’à l’os! Ils sont partout, vous savez, tenez, regardez donc ce machin là, fait-il en brandissant un rutilant smartphone, figurez vous qu’il est piégé! Là bas à Pékin ils savent tout ce que je fais, à tout moment, vous vous rendez compte? »
-« Ben oui, admettons, réplique le vieux Maurice, mais qu’est-ce qu’ils en ont à foutre les Pékisnoient? En quoi ça pourrait les concerner, les Jaunes, les aventures fantastiques de Marcel Grauburle? Faut pas déconner tout de même, c’est pas parce que tu t’es payé un téléphone de jeune à bon marché que ça va leur faciliter la guerre commerciale avec Trump, ni même la conflagration nucléaire, si jamais ça leur prenait! Tu peux dormir sur tes deux oreilles, ma poule, s’ils doivent s’intéresser à quelqu’un, faudrait qu’ils soient devenus complètement abrutis pour que ça tombe sur toi…ou alors des spécialistes du comportement animal, peut être, histoire de comparer avec les pandas… »
-« Oui, fous toi bien de ma gueule, rétorque Marcel, vexé, en attendant, vous verrez ce que je vous dis, ils grouillent de partout, ces magots, ils rachètent à tours de bras tout ce qui leur tombe sous la pogne! Un jour, si ça se trouve, on voudra venir boire un canon chez Thérèse et ça s’appellera « Derrière Mao » et on y bouffera des nems arrosés à l’alcool de jasmin, ce qui doit probablement se révéler dégueulasse! »
Même si l’éventualité fait marrer la brave Thérèse qui a du mal à se voir céder l’affaire à des bistrotiers venus d’extrême-orient, il y en a au moins un qui prend la menace très au sérieux: Goràn Avaltàtric!
-« M’escuse demander pardon vous, Massieurs, fait le Franco-Serbe en décollant deux secondes le cul de sa vieille chaise tout au fond de la salle, vous parler vrai quand dire Chinetoques très redoutables dangereux saloperie. Communistes à la con avec méthodes capitalistes dures comme pines de négros, terrible péril jaune, finir partout, même ici, et nous autre baisés en canard, pas voir venir sale coup, comme Russes après guerre d’avant dernière de merde! Très malins, vous pas savoir, vous l’introduisent tout doucement, avec vaseline et quand vous réaliser, trop tard, l’avez où ça que je pense et très profond! Peut être Madame Patronne, jamais vendre à sales mandarins, peut être pas…des fois on croive commercer à chrétiens et puis, derrière c’est autre, pas savoir souvent se cachent derrière homme blanc et après il sort le jaune, sans crier aérogare! Devez méfier, tous, un seul il a raison faire gaffe, Trump! Lui pas fou, construire murs pour protéger pays…encore idée sortie de Chinois, à la base, Grande Muraille extraordinaire, vingt et un mille kilomètres et pas besoin bloquer administration avec shutdown! Vu hier soir sur Arte, moi; très vieux Empereur Chine grand précurseur et pas emmerdé par démocratie, pareil que successeur d’aujourd’hui Xi Jinping, fait quoi il veut, personne rien dire…et nous autre foutus, un jour l’autre! Vous croire moi, nécessité habituer petit à petit, bientôt nous autres colonisés et devoir bosser esclavage, jusque crever comme cochons! »
Et ces paroles définitives prononcées de sa voix de mêlé-cass galvanisée, comme disait San Antonio, l’ivrogne des Balkans retombe dans son mutisme habituel, baigné par la Slivovitsa (1).

Alors personne ne moufte. Médusés, tels un radeau delacroixien, les habitués du rade! Il faut dire qu’en tout et pour tout on l’aura entendu deux fois, le Goràn en question, mais on ne l’attendait pas sur la dénonciation des visées hégémoniques de l’Empire du Milieu.
Pompy ayant, pendant ce temps, décroisé et recroisé les cuisses, Foupallour, satisfait semble-t-il de la qualité du spectacle et soudainement inspiré en raison d’une absence manifeste de tout sous-vêtement, trouve illico la conclusion.
-« Bon ben alors, si je comprends bien, le danger à ç’t’heure c’est le smartphone Chinois…faudrait quand même pas oublier de se méfier aussi du téléphone arabe, vous croyez pas? Et, regardant avec insistance son verre de Ricard, juste avant de se l’envoyer dans le corgnolon… parce que vous savez, le péril jaune ça n’a pas que des mauvais côtés! »

Amitiés à tous.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

(1)Alcool de prune balkanique.

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19 réflexions sur “Péril jaune

  1. Pangloss 10 mars 2019 / 17 h 21 min

    Jacques Bodoin me mettait mal à l’aise. J’avais un peu honte pour lui qui faisait le comique sans réussir à me faire rire. Alors que j’aimais bien Robert Lamoureux qui me paraissait gentil et même souvent émouvant.
    Dans quelques années, il faudra compter sur les Chinois pour nous débarrasser des islamistes. Avant qu’ils se débarrassent de nous.

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 17 h 30 min

      Il n’y a pas de comique islamiste mais il semblerait qu’existent
      des comiques Chinois..ils feront rire leurs copains en nous passant
      à la casserole!
      Amitiés.

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  2. J-J S 10 mars 2019 / 17 h 22 min

    Merci pour le rappel de Jacques Bodoin,que de bons souvenirs simples et joyeux.
    Amitiés

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  3. Serge GRASS 10 mars 2019 / 17 h 28 min

    Et la table de multiplication, c’était quelque chose. Je l’ai fait écoutée à mes petits fils il y a encore quelques jours.

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  4. G.Mevennais 10 mars 2019 / 17 h 35 min

    Oui, Jacques Bodoin, Robert Lamoureux…. et d’autres, toute une époque révolue, toute la « douce France » qui n’est plus qu’un souvenir, enfin pour des « p’tits jeunes » comme nous, parce que les jeunes, les vais, la « douce France » n’est plus qu’un concept ancien, dépassé. Tiens, à propos de Robert Lamoureux, je vais me repasser sa pièce « L’amour foot » j’en connais presque toutes les répliques, mais ça, c’est de l’humour, on s’y croirait, à peine exagéré et encore, tout est dans des dialogues « extras » et dans un comique de situations vraisemblables, un régal !
    Quant au téléphone et son lien avec « big brother » cela commence sérieusement à m’inquiéter, pas pour moi, je ne crains plus grand’chose, mais pour les plus jeunes, c’est pas pareil, les dérives dont certaines existent déjà, ne vont pas « être tristes », bonjour les libertés indiv.
    Un p’tit merci pour les dialogues des copains de notre bistrot préféré, vous savez bien que ça me ravit toujours.
    Amitiés, cher Nouratin et bonne semaine à tous/toutes.
    Gilles

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 17 h 41 min

      Merci à vous, cher ami, il est vrai que nous allons vers des temps
      absolument effrayants, j’espère que les jeunes générations sauront
      faire avec…mais ce sera dur.
      Amitiés.

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  5. Gérard 10 mars 2019 / 19 h 46 min

    Non mais c’est pas vrai ? Vous critiquez – à juste titre -les « humoristes » d’aujourd’hui qui ne peuvent s’empêcher d’être vulgaires et vous nous décrivez les regards graveleux de Jean Foupallour, qu’est rien qu’un gros dégueulasse, et je pèse mes mots. Non, mais franchement, reluquer la petite culotte de Pompy ou son absence, à son âge, il faudrait une loi pour l’interdire. Je vais en dire deux mots à mon député Larem, c’est le genre de truc qui doit lui plaire, et il n’a pas grand chose d’autre à foutre. Amitiés

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 23 h 15 min

      Attendez, bougez pas, il ne fait pas exprès, c’est juste un gros
      vicelard, bien sûr il n’est pas gay, comme on dit, mais ce n’est
      pas de sa faute, ne le dénoncez pas, s’il vous plaît!
      Amitiés bien embêtées.

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  6. carine005 10 mars 2019 / 19 h 58 min

    Je croyais que Jacques Bodoin était mort avant sa femme Micheline Dax.
    Je me trompais…
    J’aimais bien ses personnages et ses sketchs.
    Celui de l’inspecteur d’anglais est impayable ^^.
    Nostalgiobizouilles.!

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 23 h 18 min

      Moi il me faisait bien rire, mais je l’avais un peu oublié, jusqu’à ce
      que mon petit fils, qui tente désespérément d’apprendre l’anglais
      me rappelle Chausseillon.
      Grozitristboulloux!

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  7. berthon 10 mars 2019 / 20 h 17 min

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ricet_Barrier
    B.Lapointe
    René Fallet
    et tous les autres qui ont échappés au panthéon de la raie publique en marche et à ses valeurs.
    C’était avant l’alcootest et le mariage pour tous. Pendant « les heures les plus sombres… »ont se fendait la poire…ou la mirabelle, cul sec.

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 23 h 22 min

      Oui, c’était un autre temps, bien nauséabond, on rigolait
      sans arrière pensée! Mais que Ricet Barrier ait reçu la médaille
      des arts et lettres, ça je l’ignorais, ça me fait tout drôle…
      Amitiés et à votre bonne santé.

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  8. elba 10 mars 2019 / 20 h 58 min

    Tout comme vous, Nouratin, lorsque certaines personnes s’en vont, c’est un petit bout de moi qui part aussi…
    Et tout comme vous également, je trouve que les « humoristes » de nos jours, ne savent pas faire leurs sketchs sans employer ‘des gros mots’, comme diraient mes petits enfants. Et la plupart du temps, ils ne me font pas rire. Je ne regarde plus ça.

    Les chinois… Il y a peu de temps, je pensais au livre d’A.Peyrefitte « quand la Chine s’éveillera ». Si je n’avais pas fait cela, je l’aurais relu. Mais hélas, je m’en suis débarrassée avec d’autres, car trop de bouquins dans ma petite maison actuelle. Il paraît qu’ils rachètent nos terres agricoles petit à petit, et d’autres choses encore.
    Entre les jaunes, les noirs, les beurs, nous voilà bien marrons ! Ou, pour certains, verts de rage !

    Je ne rajouterai rien à propos de Foupallour et de Pompy… 😉 😉 😉

    Plein de bisous à vous et à tousseuzécels.

    PS – Nos sinistres n’ont pas vraiment le temps de se préoccuper des chinois, puisqu’ils sont en train de palabrer à propos des ‘pains au chocolat’ ou des ‘chocolatines’ : sérieux dilemme ! (pfff !)

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    • nouratinbis 10 mars 2019 / 23 h 25 min

      Eh oui, chère amie, nos braves républicains qui marchent constituent
      une belle bande de branquignols, les colorés de toute nuance ont de
      belles années devant eux…nous non!
      Gros bisous.

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  9. Arthourr 17 mars 2019 / 11 h 56 min

    C’est un fait que la plupart des tabacs/bars tabac de Paris et la banlieue sont aux mains des chinois…Et des chinois de Chine, hein, pas de vagues asiatiques vietnamo-cambodgiens.
    (je travaille avec OCB et je vois souvent passer le nom des patrons…)

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  10. nouratinbis 17 mars 2019 / 12 h 09 min

    Tiens fume, c’est du chinois! Il serait bon que cela se sache, ça ferait
    un peu aussi pour l’arrêt du tabac!
    Amitiés.

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