Nous le savons…de Marseille!

C’était une des vannes favorites de mon paternel, ça, pauvre vieux, Dieu ait son âme…oui enfin, Dieu il s’en foutait comme de sa première capote et la réciproque est forcément vraie, vu qu’il n’a pas rigolé tous les jours, mon dabe, une jeunesse bouffée par la guerre dont une nuit, non pas sur le mont chauve mais bien sous le bombardement de Dresde dont il fut l’un des rares survivants. Bref, je ne suis pas là pour vous parler de mes histoires familiales mais bien pour évoquer une actualité marquée cette semaine par les tribulations marseillaises de Présipède. J’aurais donc pu titrer aussi Macrounette sur la Canebière, Oh putain de la Bonne Mère, ou bien encore Macrouille chez les cr… mais finalement, vu le côté très attendu d’un séjour marqué par les lieux commun et l’arrosage incontournable, mon choix s’est arrêté sur Nous le savons…de Marseille! Nous le savions (d’avance) eût sans doute été préférable, toutefois nous le savions de Marseille ne produit absolument pas l’effet comique escompté. Je m’en tiens donc à la version de Papa, une façon comme une autre de lui rendre hommage en dépit du lourd bagage de défauts rédhibitoires qu’il trimballait et de l’erreur grossière qu’il a commise en me concevant sans trop y réfléchir.
Le petit bonhomme à sa Bribri s’en est donc allé faire son cirque pré-électoral dans la cité phocéenne. Fausse et haine pourrait convenir également, compte tenu du bidonnage absolu constaté notamment lors de la visite en question et, par ailleurs, des sentiments sans ambiguïté qu’une proportion écrasante de la population locale porte au pays des droidlom et à ses souchiens, comme on dit puis. Rien de bien extraordinaire, d’ailleurs, puisqu’il en est de même, grosso-modo, dans les agglomérations parisienne, lyonnaise…et finalement un peu partout dans les environnements suburbains des grosses métropoles. Toutefois, allez savoir pourquoi, les choses, quand il s’agit de Marseille, prennent illico une tournure un peu grand-guignol qui conduit à l’exagération, à la dramatisation et au mépris ironique. Prenez un clampin comme Michel Chevalet, pas plus abruti qu’un autre, le type, mais dès qu’il évoque « le Sud » c’est un peu comme s’il parlait de peuplades barbares et essentiellement fainéantes, d’une espèce de terra incognita indigne de la Répupu. Remarquez bien que cela n’a rien de particulièrement nouveau ni d’original, je me souviens notamment d’une petite remarque d’Alexis Carrel, un vieux birbe dont on nous rebattait les oreilles au temps lointain de mon adolescence, et qui avait trouvé le moyen d’écrire doctement un truc du genre « personne ne songerait à contester la supériorité de l’homme du Nord sur l’homme du Sud » il ne parlait pas d’hémisphères le père Carrel mais bien de la France métropolitaine! Un Ch’ti vaut mieux que deux Toulousains, en somme…il rédigeait son truc dans les années trente, le mec, mais l’idée reste d’actualité, chez certains!
Sauf que petit à petit, sous l’effet conjugué du changement de population et de l’abrutissement généralisé, les prétendues différences vont peu à peu s’estomper. Entre le Beur de Lille et celui de Toulouse, bien malin qui pourrait établir la moindre distinction sinon pertinente, du moins basée sur des données objectives. Tout le monde parle le même sabir avec le même accent improbable, tout le monde déteste les Céfrans, voire les Kouffar, tout le monde casse du flic et du pompier avec le même allant, tout le monde gagne honnêtement sa vie en complétant les prestations sociales par le produit juteux du commerce de la drogue.
Mais les vieilles idées, bien ancrées dans l’imaginaire collectif franchouille, demeurent. Marseille reste donc un cas particulier, une ville de gros rigolos; amateurs de pastis, de bouillabaisse et de sieste, qui détestent souverainement le travail et vivent d’expédients en s’accommodant à leur façon de la légalité républicaine. Et comme, il faut bien l’admettre, ces derniers temps on s’y zigouille entre droguistes encore plus qu’en d’autres lieux tout aussi infestés, on a vite fait chez les communicants faisant, pour Présipède, office de conseillers, d’inviter ce dernier à débouler vers la patrie de Marius pour y produire un numéro grandiose sous les feux croisés des sunlights médiatiques. Le déplacement dans la capitale de la Provence, question buzz ça marche à bloc! Surtout trois journées pleines pour déguster du Macron à toutes les heures du jour et de la nuit! Et le plan a parfaitement fonctionné, cinq pour cent de popularité gagnés d’un coup, un bonheur, du quasiment jamais vu depuis au moins plusieurs mois, sans compter que si le premier tour de la présidentielle avait lieu à présent -ce qu’à Dieu ne plaise- il devancerait la mère Le Pen de trois gros points et les autres…passons sous silence, par charité. Qu’a t-il donc fabriqué pour empocher pareil pactole? Eh bien, que diable, il s’est montré tout le temps, depuis le Quartier Bassens -nettoyé à grands frais par la Ville avant son passage- jusqu’au Palais du Faro où il se fendit d’un discours mémorable, lucide et courageux, tout ça, et donc encensé à bloc par la quasi-totalité des media, émerveillés sur commande. Tout cela est parfaitement bidon, me direz-vous…certes mais la démocratie elle même ne l’est elle pas au moins autant? Poser la question revient à y répondre, pas vrai?
Quand notre bien-aimé Chef de l’État, soutenu depuis le début par la haute finance internationale, veut mettre le paquet sur une opération de promotion dans le style de celle qu’il vient de réaliser à Marseille, forcément les dividendes cascadent comme un jackpot dans la machine à sous. En l’occurrence, et pour peu que l’on y regarde de près, il n’a raconté que des niaiseries, du bullshit de la plus belle eau! Comme quoi on va transformer les directeurs d’école en patrons de leur boutique à endoctriner les morpions, on va se baser sur les jeunes des quartchiers pour redynamiser l’économie, on va désenclaver les cités sans-cible, harceler les réseaux de trafiquants, réserver des emplois pour les petits beurs, en un mot « investir dans les personnes et réinventer les lieux« ! C’est y pas beau, ça? Complètement imaginaire, illusoire, imbécile, certes, mais le temps que les braves gens s’en rendent compte, le petit bonhomme sera réélu, c’est l’objectif, vous savez, il n’y en a pas d’autre. Et pour ce qui concerne le concret, pas de problème, un milliard et demi d’argent-magique distribué pour rénover les chiottes des écoles de la Répupu et pour créer les nouvelles lignes de tramway ainsi que de métro qui permettront aux « jeunes » susvisés de descendre plus facilement en centre-ville pour y exercer les talents insoupçonnés dont ils seraient prétendument pétris. S’y ajoutent deux bonnes centaines de flics supplémentaires assortis d’une chiée de juges, tout ce petit monde étant censé terroriser les délinquants et faire régner sur les deux-cent-quarante kilomètres carrés de la ville l’ordre le plus sévère et l’harmonie républicaine la plus délicieuse. Fermez le ban!
Et, cerise pourrie sur le gâteau empoisonné, nous avons eu droit également à une nouvelle petite séquence « Présipède fait l’andouille » du plus heureux effet. Macron dans le registre » je parle aux jeunes » produit toujours de grands moment youtubesques, celui-là valait son pesant de shit. Réussir à caser la photo encadrée des deux connards Mc Fly et Carlito, assortie à la fois d’un hommage quasi-rigolard à Samuel Paty et de voeux de bon courage pour la rentrée scolaire, tout cela en deux minutes, personne d’autre ne l’aurait fait! Un exploit! Accueil très mitigé de la part de certains media à cheval sur le martyrologe républicouille, genre Marianne, mais tout de même unanimité quant à la fidélité du bonhomme à ses engagements. Il a tenu sa promesse en présentant, dans le media idoine, les portraits des deux hurluberlus précités. Il n’a qu’une parole, Présipède, on peut gloser sur le fond, certes, mais sur la forme il se montre toujours irréprochable….enfin presque.

Voilà donc pour le voyage à Marseille, une pantalonnade de grande envergure, évidemment, mais qui aura significativement contribué à remettre l’église au milieu du village (je ne suis pas certain de la pertinence de cette formule). Pendant trois jours il n’y en a eu que pour ce mec-là, notamment sur BFM TV qui en aurait pratiquement oublié le Covid, le pass-sanitaire et les farouches opposants à celui-ci, lesquels, il est vrai, se montrent exclusivement le samedi, eux au moins!
Il va falloir s’y habituer. Jusqu’à présent on le voyait quasiment tout le temps, Macrounette, désormais il conviendra de supprimer le « quasiment ». Jusqu’à l’ouverture officielle de la campagne il importe de se préparer à le déguster en permanence et à toutes les sauces. Ceux qui ne peuvent pas le blairer ça va les énerver, certes, mais les autres il les conduira tout doucettement à l’isoloir, où ils ne manqueront pas de glisser le bon bulletin dans l’enveloppe, ça relèvera de l’automatisme, pratiquement.
Alors, que voulez vous, tant pis pour Monte-Bourre venu avec sa gueule enfarinée enrichir le bestiaire des candidats bons pour l’abattoir démocratique, lesquels espèrent tous, ne l’oublions pas, atteindre le seuil qui permet de récupérer un paquet de pognon sur le dos des contribuables. Comme on dit à Marseille, tous ces gens-là ont vraiment la figure comme le cul, mais, encore une fois, c’est notre belle démocratie qui veut ça. Et qu’est-ce qu’elle va nous faire, notre belle démocratie? Eh bien elle va nous gratifier d’une resucée de Présipède jusqu’en 2027…depuis le temps que je vous le rabâche qu’on est foutu…cela aussi, hélas, nous le savons…de Marseille, certes, mais pas seulement. En fait nous le savons de partout, sans oublier derrière les oreilles, évidemment.

Amitiés à tous.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

13 réflexions sur “Nous le savons…de Marseille!

  1. elba 5 septembre 2021 / 16 h 11 min

    « Ceux qui ne peuvent pas le blairer, ça va les énerver »… Certes, Nouratin, vous avez entièrement raison me concernant. Cependant, ça fait déjà un bout de temps que ça m’énerve mais c’est surtout que tout ça m’inquiète, pour mes enfants et petits-enfants, ce qui se passe actuellement. Et pour ce qui se passera dans l’avenir.

    Votre évocation de Dresde, à propos de votre papa, m’a beaucoup émue : je ne peux jamais regarder la photo des ruines, sans avoir les larmes qui me montent aux yeux. Pas étonnant que votre père ne s’en soit pas sorti indemne mentalement.

    Gros bisous. Je m’en vais lire « présipède fait l’andouille », pas eu le temps de faire cela, pour cause de vacanciers à la maison.

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    • nouratinbis 5 septembre 2021 / 17 h 28 min

      Bonsoir Elba, c’est vrai que mon père m’avait raconté Dresde, il avait beau
      ne pas en faire trop, par politesse, c’était une horreur sans nom.
      Et tout ça pour laisser le pays à des moitié-sauvages qui ne rêvent que de
      nous éliminer!
      A bientôt, gros bisous.

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  2. G.Mevennais 5 septembre 2021 / 16 h 58 min

    Je ne peux que « plusoyer » Elba. Le bombardement de Dresde fut une atrocité et les mots sont impuissants à décrire ce que les survivants ont vécu. Il est impossible de ne pas garder, sa vie durant, de lourdes séquelles générées par un tel drame.
    Quant à commenter le personnage qui nous sert de président, ainsi que l’attitude de sa cour (surtout journalistique), c’est, actuellement au dessus de mes forces, mais ça reviendra, je vous promets de faire des efforts !
    Amitiés, cher Nouratin, et bonne semaine à tous/toutes.
    Gilles

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    • Pangloss 5 septembre 2021 / 17 h 56 min

      Merci pour la bonne semaine. Et à vous aussi!

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    • nouratinbis 5 septembre 2021 / 18 h 02 min

      Ne forcez pas trop quand même, Gilles, il peut se révéler très nocif aussi pour
      la santé!
      Amitiés.

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  3. Pangloss 5 septembre 2021 / 18 h 00 min

    J’ai l’impression que la campagne électorale a débuté sur les chapeaux de roue. Cela va empirer pendant des mois. Non seulement nous sommes foutus mais en plus, tous ces gens se moquent de nous. Garderai-je mon calme jusqu’à l’élection qui -c’est prévu- fera éclater ma colère?
    Amicalement.

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    • nouratinbis 5 septembre 2021 / 18 h 04 min

      Jusqu’à l’élection cela me surprendrait, déjà si vous tenez jusqu’au mois de mars
      ce sera remarquable!
      Amitiés.

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  4. Gérard 5 septembre 2021 / 21 h 50 min

    Une nouvelle fois, un texte particulièrement bienvenu qui apporte de la bonne humeur dans un horizon bien triste. Vu le futur vers lequel nous nous dirigeons d’une façon qui semble irrémédiable, autant profiter de la dérision qu’il permet. Pour le titre, j’avoue que j’aurais eu un faible pour « Macrouille chez les crouilles » mais bon …
    Amitiés inclusives à tou.te.s

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    • FRACANAPA 6 septembre 2021 / 8 h 06 min

      Vous avez raison d’en abuser du savon(s) de Marseille de votre papa . Moi, par exemple je ne m’en lasse pas !
      Il mérite bien l’hommage que vous lui faites .

      Par contre Macron mérite des bouffes, lui, pour cet hommage « quasi-rigolard »(c’est tout à fait ça !) dans sa petite séquence minable…
      Ça commence bien…

      Passez tous une bonne semaine malgré tout…
      Bien amicalement, Sabine.

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      • nouratinbis 7 septembre 2021 / 19 h 45 min

        C’est un véritable phénomène, ce Présipède!
        Amitiés Sabine.

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  5. Mildred 6 septembre 2021 / 9 h 33 min

    Comme toujours j’arrive en retard pour dire à quel point vous parvenez à nous faire rire de nos malheurs. Un grand merci donc !
    Moi j’ai surtout retenu la proximité quasi envahissante auprès de Macron, de Samia Ghali, la sénatrice qui voulait envoyer l’armée pour débarrasser Marseille de ses dealers et qui donc s’est convertie au macronisme, alors que, dans le même mouvement, Renaud Muselier – président de la Région – s’est fait porter pâle pour ne pas avoir à assister au triomphe de celui pour lequel il votera sans la moindre hésitation dans quelques mois, puisque l’affaire est d’ores et déjà pliée, comme nous le répètent à qui veut les entendre, nos gazettes et sites infos !

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    • nouratinbis 7 septembre 2021 / 19 h 48 min

      Samia a dit à Manu, t’en fais pas tu peux aller…en parlant d’un quartier qu’elle
      connaît, bon, a contrario, il y a des endroits où le Président de la Répupu ne peut
      pas aller, c’est bon à savoir.
      Amitiés.

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