Vas-y Léon!

C’est bizarre, tout de même, maintenant les jeunes sont vieux! Regardez donc un peu Mc Cartney, les Beatles, m’enfin vous vous rendez compte? Quatre vingts balais aujourd’hui même, un truc pas possible! Bon, je veux bien, il s’est toujours trimballé une tronche de boîte de conserve ouverte au canif, le type, mais ça ne fait rien, seule l’idée compte et l’idée, en pareil cas, c’est Les Beatles égale jeunes, enfin pour moi. Vous je ne sais pas mais à mon humble avis il existe des symboles de la jeunesse et ces quatre couillons d’Anglais en constituent l’échantillon quasi parfait, la bonne musique et la fraîcheur juvénile! Oui, bon d’accord, on pourrait aussi aller chercher Mozart bien sûr, mais là je vous parle de choses terrestres, bien posées sur le sol et non des miracles célestes qui nous dominent du plus haut des sphères éthérées. Non, pour tout vous dire, Mc Cartney octogénaire ça ressort incongru, ça frise l’obscénité absurde, il y a incompatibilité douloureuse. Ben oui, ça fait mal pour des tas de raisons, la principale étant qu’on ne voit pas le temps passer et qu’il s’écoule, cependant, en se foutant bien pas mal de nos gueules d’anciens jeunes qui n’ont pas encore digéré leur malheur de vieux kroumirs exilés en des lieux complètement étrangers, vaguement hostiles, aussi. Sans même évoquer l’allure saugrenue de beaucoup de ces gens qu’on croise dans la rue, qui ressemblent aux petits dessins en couleur de nos livres d’école, quand ils évoquaient fièrement les possessions coloniales de la Quatrième Répupu! Des gens qui parlent comme les populations en cause dans les histoires drôles dont nous faisions à l’époque des gorges chaudes… Mais oui, souvenez-vous, le genre « Mohamed fais moi une phrase avec le mot volupté- Oui, M’dame, ji voulu p’ter ji chié dans le sarouel« , vous voyez ce que je veux dire, pas vrai? Un monde nous sépare de l’actualité brûlante, un monde qui nous traduirait directement en correctionnelle pour des petites blagues de cet acabit ! Mais sans aller chercher la malédiction épouvantable attirés sur nous autres par notre propre génération d’imbéciles prétentieux autant que jouisseurs, il suffit de tenter une conversation avec petit jeune bien élevé, bien propre sur lui et bien de chez nous, pour appréhender la profondeur vertigineuse de l’abîme. Nous ne parlons pas la même langue, nous évoquons des tas de choses qu’ils ne peuvent même pas imaginer et en retour, si par impossible ils s’abstraient un instant du smartphone qu’ils tripatouillent en permanence comme le séminariste son bréviaire (ou autre chose, c’est vous qui voyez) il nous tiennent des propos abstrus que nous comprendrions peut-être mieux en hébreu. Et la plupart du temps, s’exprimassent-ils en un français entendable et dépourvu d’accent beur, la terminologie utilisée et leur diction mal articulée nous les rend rigoureusement hermétiques. J’ai beau chercher dans mes souvenirs lointains des années cinquante je ne crois pas m’être trouvé en telle situation d’incommunicabilité vis à vis de mes grands-parents, gens provenant en droite ligne, toutefois, d’un dix-neuvième siècle qu’ils n’avaient jamais tout à fait quitté. Je me rappelle clairement m’être assez souvent fait rappeler à l’ordre pour cause de langage insuffisamment châtié, de faute grammaticales ou d’articulation laissant à désirer, mais en aucun cas, mes aïeux et moi même, ne nous sommes jamais trouvés en situation de n’entraver que dalle à ce que racontait l’autre. C’est ce qui se produit aujourd’hui, la faute en revient à la République qui s’est laissée déborder par la culture anglo-saxonne et qui n’a même pas été foutue d’apprendre le français aux enfants de son école à la con.

Nous en arrivons d’ailleurs à des situations dont le côté comique ne parvient pas, hélas, à prendre le pas sur le caractère parfaitement catastrophique. Je veux parler de l’affaire « ludique« . Qu’est-ce que c’est que cela? me direz-vous (si vous n’avez pas eu la chance de choper au vol une information bien vite étouffée). Il s’agit donc d’un sujet de bac français proposé à nos chers élèves de première technique. « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique?« , citation d’une certaine romancière Leila Slimani dans son œuvre impérissable « Chanson Douce », ce qui permet, soit dit en passant, d’instiller une dose de politiquement correct telle que de vieux birbes, comme Voltaire, Flaubert ou même Camus, eussent été incapables de fournir. Voilà donc le cœur de l’affaire en question. J’entends déjà les vieux grognons de mon espèce observer que dans le genre sujet de français on pourrait imaginer quelque chose qui fasse un peu plus référence à notre littérature, laquelle apparaît largement à même d’offrir à nos charmantes têtes plus ou moins blondes l’occasion de faire valoir l’étendue des acquis de leurs humanités. En l’occurrence on verrait plutôt dans la question posée un petit sujet de philo pas plus idiot qu’un autre…mais comme, par définition, on s’adresse à des élèves de première, technologique par surcroît, on peut considérer dans l’hypothèse la plus favorable qu’il s’agit d’une rédaction, accessible à tout détenteur d’un minimum de culture fouteballesque, le côté ludique du joueur de balle-au-pied rémunéré plusieurs millions par mois pouvant donner matière à une réflexion bien structurée. Benzéma ou M’Bappé pouvaient largement autoriser un bon 18/20 pour peu qu’on y décèle un semblant de raisonnement logique. Manque de pot, nous serions ainsi fort loin de la réalité profonde du problème! Celui-ci se borne à l’absolue méconnaissance du terme ludique par la plupart des candidats. A la clé, bien entendu, remise de copies forcément hors sujet pour ce qui concerne les meilleurs élèves, revêtues de la mention « ludique je sé pa sékoi » pour les scrupuleux, totalement blanches pour les autres. Panique à bord! S’ensuivit une véritable bronca sur Twitter et autres carrefours de culture, où les jeunes gens concernés déversèrent leur haine envers ces saloperies de profs de céfran, même pas capables de causer intelligiblement l’idiome qu’ils sont censés enseigner. Cela dit, ne nous inquiétons pas trop pour les malheureuses victimes, l’Éducation Nationale ne saurait être prise au dépourvu par ce genre de situation. Il suffit d’ajouter un 1 devant le zéro attribué par le notateur le plus intrasigeant, pour mettre un terme à la controverse, ainsi l’ordre règnera-t-il à nouveau dans nos banlieues. Mais au fond, tout bien considéré, je ne vois pas très bien pourquoi l’on s’obstine à faire semblant d’enseigner le français, sacrebleu! Je vous le disais plus haut les jeunes et les générations qui les ont précédés ne se comprennent déjà plus, alors… alors il nous reste à prendre en compte les réalités, apprendre l’anglais aux riches et l’arabe aux pauvres. Ainsi le tour sera joué et les gens qui y tiennent aurons tout loisir de parler français entre eux, comme, dans le bon vieux temps, on conversait en patois.

Cela dit, quelques îlots demeurent encore qui reviennent à nos traditions ancestrales. Cela se voit dans les prénoms dont certains affublent leurs enfants. On voit désormais pas mal de Jules, de Césars, de Marius, comme quoi Rome n’est pas encore tout à fait oubliée, de même que dans les milieux un peu huppés Augustin et Anatole tiennent la corde, évidemment pas au niveau de Mohamed dans nos quartchiers mais, toute proportion gardée, cela apparaît significatif. Nous n’en sommes pas encore à Maurice ou à Marcel, n’en déplaise à mes potes de DERRIERE NAPOLEON, mais Gaston revient en force en dépit du célèbre Lagaffe, lequel ne semble même plus dissuasif. J’imagine le calvaire qu’auraient vécu mes potes de la Communale s’ils s’étaient trouvés à trimballer des prénoms de ce calibre « oh Jules, viens un peu ici qu’on t’en… », oui, bon… « Ou bien, vas-y Léon, envoie bien le bouchon! »
Tiens, à ce propos, vous avez vu? Nous avons un nouveau champion du monde de natation, dites donc! Léon Marchand qu’il s’appelle, on se croirait revenu à l’entre-deux-guerres! Comme quoi, finalement tout est perdu, certes, mais il nous reste encore un petit Léon qui nage à toute allure, profitons-en bien. Allez, vas-y Léon!

Amitiés à tous, la semaine prochaine nous aurons de quoi nous mettre sous la dent avec la nouvelle Chambre…mais non, pas « à air », même si le big boss n’en manque pas, d’air, on ne plaisante pas avec ces choses-là, demandez à Méluche!

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

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25 réflexions sur “Vas-y Léon!

  1. Mildred 19 juin 2022 / 15 h 47 min

    Un jour que je disais à mon fils : « Comme le temps passe ! » il me répondit : « Mais non, Maman, ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons ! »
    Ce jour-là il avait dix ans, aujourd’hui il en a presque soixante !

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    • nouratinbis 19 juin 2022 / 18 h 17 min

      IL avait la lucidité précoce! Je crois que c’est une vérité absolue seulement
      accessible aux sages! Mes compliments!
      Amitiés.

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  2. G.Mevennais 19 juin 2022 / 17 h 02 min

    Ah j’adore ce billet, le prochain sera, sans aucun doute, beaucoup moins gai (élections). J’ai bien ri deux ou trois fois, votre façon de traiter des sujets, qui pourraient être rébarbatifs, les transforment, allègrement, en franche rigolade. Enfin, il ne faut pas trop approfondir « car après en avoir ri…. »
    Amitiés, cher Nouratin, et bonne semaine à tous/toutes.
    Gilles

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    • nouratinbis 19 juin 2022 / 18 h 20 min

      Tel qui rit dimanche, vendredi pleurera…oui, bon, ce n’est pas la
      formule officielle…
      Merci, cher ami, peut être pourrons nous prendre les législatives à la rigolade,
      il y aura sûrement de quoi..
      Bien amicalement.

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  3. G.Mevennais 19 juin 2022 / 17 h 05 min

    « les transforme »

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    • Gérard 19 juin 2022 / 18 h 17 min

      Non, aujourd’hui, cela ne se relève pas, tout simplement. Vous n’êtes pas encore au courant ? A l’époque bénie dont nous parlons, cela aurait valu 1/4 de point ou peut-être 1/2, pour les plus laxistes des professeurs.

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    • nouratinbis 19 juin 2022 / 18 h 21 min

      Cela arrive à tout le monde, mais tout le monde ne s’en aperçoit pas…

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  4. Pangloss 19 juin 2022 / 17 h 52 min

    Plus le temps passe et moins ceux qui comprennent la langue des billets de Nouratin seront nombreux.
    Amicalement.

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    • Gérard 19 juin 2022 / 18 h 18 min

      « En même temps », on risquera moins d’emmerdes pour en parler ….

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    • nouratinbis 19 juin 2022 / 18 h 23 min

      Je le crains, d’ailleurs je constate une érosion significative et plusieurs de nos
      amis qui nous comprenaient nous ont quitté pour toujours…c’est con mais
      c’est dans l’ordre des choses.
      Amitiés.

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  5. jeff 19 juin 2022 / 18 h 33 min

    Bonjour Nouratinbis, bonjour à tous
    Lucide a-t-il une affinité avec ludique?Désolé d’être obtus mais comme disait le romain: »assinus assinum fricat ». Je ne certifie pas l’orthographe, n’ayant jamais étudié cet idiome. Tout acco me doune ibéje de m’en ana jiaïre(langue vernaculaire aujourd’hui disparue et dont, vieux dinosaure, je tente de conserver l’usage)

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  6. sabine.arnaud 19 juin 2022 / 18 h 47 min

    Coucou,Est-ce que je peux revenir dire des sottises?Après un passage à vide,  je commence à m’ennuyer dans ma coquille…SabineEnvoyé de mon Galaxy A40 Orange

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    • FRACANAPA 20 juin 2022 / 20 h 12 min

      L’affaire « ludique » :
      Pourtant je peux vous assurer qu’ils l’ont fréquentée la ludothèque !!!
      De la maternelle à l’élémentaire , en passant par les Centres de Loisirs et autres structures extrascolaires….
      (« Apprendre en s’amusant » c’était inscrit en lettres d’or dans tout « projet d’école »).

      Parmi les enfants de mes amis de jeunesse il y avait quelques Jules et même une petite Paulette (Je la plaignais vraiment la pauvre !)
      D’ailleurs elle en voulait beaucoup à ses parents ….

      Léon Marchand ? Je ne connaissais pas ce champion toulousain explosif , conçu au moment d’AZF !!! ( Il a 20 ans d’après sa fiche Wikipédia)

      Comme c’est déjà loin tout ça , comme le temps passe …
      Comme c’est pas plus mal parfois, il y a des choses qu’on ne voudrait pas revivre …

      Bien amicalement
      Sabine

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  7. Lebuchard courroucé 19 juin 2022 / 23 h 09 min

    Bonjour cher Nouratin,
    quelle lucidité dans ce billet finalement plutôt ludique, comme l’eût dit Kant, hein !…
    Tellement vrai, ce triste constat d’un temps d’enseignement gâché d’une langue si belle et complexe pour des jeunes si désespérants et simplets ! Misère !!!
    J’ai adoré :«Twitter et autres carrefours de culture» ! Excellent !
    Et pour le chambre à air… pas suffisamment grande pour toutes ces pompes à vélos !
    Et merci d’être toujours là, comme ce cher Pangloss, à nous régaler avec vos entremets discursifs !
    Amitiés.

    P.s. : au fait, ne m’en voulez pas, mais j’ai décelé
    2-3 coquilles en vous lisant… «ilS nous tiennent des propos abstrus», « la malédiction épouvantable attiréE sur nous autres», «les gens qui y tiennent auronT tout loisir». 😉

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    • Lebuchard courroucé 19 juin 2022 / 23 h 14 min

      N’hésitez pas à virer mon p.s., comme il faudrait le faire systématiquement avec tout PS ou NUPES, après vérification ! 😉

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  8. elba 31 juillet 2022 / 7 h 20 min

    Je pensais à vous ce matin, Nouratin, puisque nous sommes dimanche et que nous n’avons plus pour le moment, le loisir de vous lire. J’espère toujours que vous reviendrez « sur la toile. »

    A propos de langage, ce sont nous, les vieux, qui devons nous mettre à apprendre des ‘mots nouveaux’ : je me rappelle un jour où un ami parisien d’une de mes filles lui avait lancé devant moi « elle déchire, ta daronne »… Je n’avais rien compris. 😉
    Et puis non seulement ça, mais à présent il y a le genre « verlan amélioré », tel « meuf », « pécho » et trucs du genre. Ah, j’oubliais « céfran » ! 😉
    Avec les mots comme kebab ou trucs du genre qui sont à présent dans les mots usuels, je finis par perdre au scrabble avec l’un de mes gendres, qui vérifie à chaque fois que de tels mots sont admis dans ce jeu.
    Les temps changent, que voulez-vous ! Le patois ancien de nos régions est remplacé par de l’arabe « francisé. » Ou encore par du « franglais » lorsque ce n’est pas de l’anglais tout court !
    Nous, on ne s’y fait pas. Mais les générations suivantes s’y adaptent.
    C’est peut-être ainsi que de génération en génération, nous y avons perdu le latin.

    Gros bisous, et bon dimanche à vous.
    (vous m’avez fait sourire avec votre séminariste…)

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  9. elba 21 août 2022 / 14 h 47 min

    Un coucou, Nouratin. Nous sommes dimanche. J’espère que vous allez bien.

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  10. elba 29 août 2022 / 7 h 34 min

    Nous sommes lundi… Mince, j’ai raté le bisou dominical, j’ai pourtant pensé à vous, Nouratin.
    Je ne vous oublierai pas, même si vous ne revenez jamais. Je n’oublie pas non plus René et Mamedjo. ♥

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  11. elba 4 septembre 2022 / 18 h 46 min

    Bonsoir Nouratin. J’espère que vous allez bien. Gros bisou.

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  12. elba 18 septembre 2022 / 17 h 05 min

    Mon bisou du dimanche pour vous, Nouratin.
    Vous n’avez pas envie de revenir ? Vous me manquez.

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  13. elba 23 octobre 2022 / 6 h 31 min

    Aujourd’hui, c’est dimanche. ♥

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  14. elba 6 novembre 2022 / 12 h 59 min

    Vous me manquez, Nouratin. Gros bisou.

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  15. elba 13 novembre 2022 / 11 h 12 min

    Toujours pas de retour, Nouratin…
    Bisou dominical. ♥

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