Un fort affaiblissement

Pourtant ça commençait bien. Pas plus tard qu’hier matin, le camarade Castaner, dit « L’Harpian » (1), successeur de Gnafron-le-Sénile, pouvait faire état d’un « fort affaiblissement » du mouvement des « Gilets Jaunes ». Il aurait tout aussi bien pu dire « un faible renforcement », toutefois la formule eût moins bien collé à sa démonstration, fondée sur la méthode Coué et l’affirmation selon laquelle « les séditieux de l’ultra-droite », répondant à l’appel de Marine, constituaient désormais le gros des maigres troupes manifestantes. En substance l’idée repose sur l’essoufflement d’un mouvement dont la spontanéité semble plus que douteuse, puisqu’en vouloir à Macrounette s’apparente forcément  à une aberration extrémo-droitiste. Les Gilets Jaunes, cela va de soi, descendent en droite ligne des chemises noires de Mussolini et -encore plus affreux- des brunes dont s’affublaient les épouvantables Nazis, orresco referens, quand ils se livraient à leurs exactions contre le Peuple Élu des Ghettos. Et d’ailleurs, hein, qu’est-ce que c’est que ces histoires de gilets, sinon une référence à peine voilée à la tenue des immondes parmi les immondes, les Ku Klux Klan! Somme toute, vous allongez le gilet jusqu’aux godasses, vous lui ajoutez une cagoule à pointe (comme les casques de sinistre mémoire), vous repeignez le tout en blanc et hop ça y est, vous tombez chez les infâmes racistes suprématistes de la face-de-craie! Ne nions donc pas l’évidence: les Gilets-Jaunes apparaissent sans aucune contestation possible comme les héritiers de la Milice des Heures les Plus Sombres de Notre Histoire, la honte de notre Beau Pays des Droidlom, Dieu merci…enfin pas Dieu…bon, allez, on va dire Staline merci…délivré de l’opprobre éternel par l’incommensurable héroïsme des Forces du Progrès. On ne sait même plus comment les qualifier, cette bande d’ivrognes en jaune-pisseux, mal fagotés, mal embouchés, mal ficelés, mal léchés, malpropres et mal foutus! Collabos? Oui, sans doute, au sens où ces gens apportent un soutien inconsidéré aux sales fachos-frontistes du soi-disant Rassemblement National… Mais pas seulement! En cherchant bien, on pourrait leur trouver une parenté encore plus évidente: les Gilets-Jaunes ne sont rien d’autre que les nouveaux Poujadistes! Ça ne vous dit rien ça,  Pierre Poujade?
Eh oui, mes chers amis, tous ces ploucs abrutis ne sont ni plus ni moins que les héritiers d’une coterie qui, entre autres forfaits, avait porté le jeune Jean-Marie au Palais Bourbon, parmi un gros paquet de députés de son acabit. L’extrême-droite, quoi, tout le contraire de la Droite Républicaine (l’autre façon d’être de gauche): des boutiquiers pusillanimes à courte-vue, des ploucs ignares autant qu’égoïstes, de sales connards sans idéal autre que leur petit intérêt personnel…des Gilets-Jaunes avant l’heure pardi, ça crève les yeux! Alors, quand il vous le dit Castaner, que tout ça c’est l’Extrême-Droite, l’Ultra-Droite, la Main-Droite…enfin je veux dire la Main-Noire, cette effroyable organisation secrète de nationalistes Serbes qui nous a si bien coûté la Guerre de 14/18, excusez du peu! Alors, hein? Il a pas raison, l’Harpian, de nous les écrabouiller par tous les moyens, ces Yellow-Jackets de mes deux?

Et tout cela se confirme à merveille. Les media appuient vigoureusement les propos du sinistre de l’Intérieur: c’est un coup de « l’ultra droite ». Même pas l’extrême, l’ultra, parfaitement. Ils nous ont même sorti de la naphtaline un éminent spécialiste, le sieur Sylvain Boulouque, un type dont on décèle rien qu’au look-boulouque le sérieux et la compétence: une tronche de prof trotsko à mettre dans un musée. Il nous dit, le Sylvain, après avoir affirmé que tout le bordel venait des « groupuscules de l’ultra-droite », qu’en réalité ce sont ces derniers qui ont commencé, on en est certain, absolument, parce qu’on a vu un drapeau français frappé du cœur et de la croix…mais oui, voyons! Les Vendéens! Les ennemis de la Répupu, enfin! Vous vous rendez compte! Le cœur et la croix, merde, si c’est pas une preuve, ça! Même qu’après en avoir massacré des palanquées, hommes, femmes et enfants, en quatre-vingt-treize, il en reste encore assez pour venir mettre le souk sur les Champs! Donc on est sûr. Et ça se confirme figurez vous, car certains ont pu aussi apercevoir, sous les gilets jaunes, des tee-shirts de la Manif Pour Tous! Deux ou trois au moins, signe de la présence manifeste, dans les cortèges, des éléments fachos les plus radicalisés.
Mais bon, on a trouvé aussi -surtout, même- plein de tags gauchos, anar et antifas un peu partout sur les boutiques, les murs et même les barrières en béton bordant les chantiers. Alors il fournit une explication Boulouque: si c’est bien la Droite infecte qui a commencé, ensuite la Gauche radicale a pris le relais, voilà tout. Vers le soir les Black-Blocs et autres camarades du même tonneau sont venus en remettre une couche, vous voyez, une seconde manif succédant à celle des poujado-fachos! En somme, il a raison l’Harpian, le grabuge doit être imputé aux ultras du mauvais côté, voilà! Le reste, ceux de gauche, c’est autre chose mais on n’en parle pas puisque de toute manière l’essentiel c’est le pauvre Présipède lâchement agressé par les Gaulois abrutis de la France illétrée. Et l’arrivée, dans l’après-midi,  des petits « jeunes » de banlieue venus participer à la fête pour dénoncer la misère des cités sans-cible et les entraves parlementaires à la libre circulation des stupéfiants(2), ne présente rigoureusement aucun intérêt au regard de l’affaire qui nous occupe! L’ultra-droite, point final, circulez y a rien d’autre à voir!
Cela dit, ainsi que je vous le précisais au début, le mouvement des gilets poujadistes apparaît en totale perte de vitesse. La preuve? Bon, écoutez, c’est simple: près de trois-cent-mille clampins la semaine passée et seulement cent-six-mille-trois-cent-un hier à 17 heures, 106 301!… Comment dites vous? Oui c’est précis comme nombre… On se fout de notre gueule? Mais pas du tout enfin! Le Ministère de l’Intérieur, quand il compte, il compte, là, ce coup-ci il les a dénombrés un par un, les gilets, fastoche vu qu’ils étaient peu nombreux. D’accord vous avez un syndicat de police qui parle de sept-cent-cinquante-mille au total, mais vous voyez bien le manque de rigueur, hein, on est dans l’estimation à la louche! Sans compter que le syndicat en question, il serait plutôt de droite que ça ne me surprendrait pas plus que ça! Laissons donc ces péquenots entre sales poujadistes et parlons plutôt de choses sérieuses.

Pour ne rien vous cacher, moi, dans toute cette histoire je vois émerger des trucs assez déplaisants. Ces braves Gilets-Jaunes -la couleur des éternels cocus- veulent la démission de Macron, très bien. Ils ne l’auront pas, c’est sûr. Mais le problème réside avant tout dans la pauvreté manifeste de l’argumentaire. Leur truc, à nos rouspéteurs du samedi, c’est « le Président des Riche » qui supprime l’ISF et qui le remplace par des taxes sur le gazoile des malheureux et sur les retraites des vieux. Très bien, d’accord, ce n’est d’ailleurs pas faux; cependant, à mon sens, la question n’est pas là. En réalité Macrounette, comme ses prédécesseurs depuis quatre décennies, se trouve dans l’obligation absolue de ramasser un max de pognon. D’où l’idée d’éviter de continuer à dégoûter les investisseurs, donc les riches, afin qu’ils recommencent à apporter leurs capitaux. En soi, l’idée me semble plutôt bonne, bien que dictée par la Haute Finance Internationale dont on sait l’appui qu’elle a pu apporter à ce brave petit Manu. Cela dit, la Finance en question se révèle forcément mieux informée que Mme. Michu ou M. Tartempion, dont le seul recours reste de défiler vêtus d’un oripeau de sécurité routière. Faudrait-il encore que ces pauvres couillons se penchassent un peu sur la structure des dépenses publiques, telles que n’importe qui peut en prendre connaissance par l’entremise d’un Google toujours prêt à rendre service. Ils s’apercevraient, alors, que les charges de l’État, des Collectivités Locales et de la Sécu, comportent des « dépenses sociales » à hauteur d’environ 650 Milliards d’Euros, une paille! Sur cette montagne de blé, vous en avez bien la moitié, en étant très-très modéré, qui découle directement des conséquences de notre belle « diversité » et de l’immigration aliénatoire que nous subissons depuis plus de quarante ans. Si vous ajoutez à la somme les dépenses induites par les populations en cause dans les domaines de l’éducation (enfin le gros patacaisse qu’on appelle ainsi), de la justice pénale, de la police et autres, vous dépassez très largement les quatre-cents milliards…je veux bien admettre l’impossibilité de tout supprimer, aujourd’hui les conséquences seraient sans commune mesure avec les petites bluettes des chasubles jaunâtres, mais peut être faudrait il commencer à s’y intéresser plutôt que d’emmerder le pauvre monde avec la « fiscalité écologique » macronnienne. Avec seulement dix pour cent d’économies sur ces postes-là, on résoudrait bien des difficultés…oui mais bien sûr, pour y parvenir il faudrait commencer par élire des gouvernants d’une autre trempe… genre Salvini, tiens, au hasard…
Macron démission! Macron démission! Macron démission!… On peut toujours rêver…

Bonne semaine à tous, avec ma fidèle amitié.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

(1) « L’avide », celui qui bouffe à tous les râteliers, en provençal…enfin je crois.

(2)Allusion a la contravention de 200 € nouvellement créée pour sanctionner la consommation de drogue.

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Les révoltés du week-end

Ce sont ces gens qu’on voit, au petit matin dans leurs bagnoles, lorsqu’ils vont au boulot, la gueule un peu de travers, pas bien contents mais résignés, quand faut y aller, faut y aller… Et puis aussi des vieux et des vieilles, plus habitués à des activités pépères, style jardinage ou mots croisés, qu’à se pointer sur le bitume pour faire voir qu’ils existent encore et n’entendent pas se laisser faire les poches sans rouspéter. Le Franchouille de base, en somme, celui qui se crève la paillasse pour un salaire miteux amputé d’un bon quart, ou se brosse d’un gros bout de son étique retraite afin d’engraisser Mohamed et Mamadou, lesquels n’en foutent pas une rame et, en plus, se payent allègrement leurs tronches.  Plutôt des moutons, ces « manifestants », tondus mais excédés; trop c’est trop, il arrive un moment où il faut que ça pète ou que ça dise pourquoi. Nous y voilà, à ce point d’exaspération inéluctable, il a fini par arriver! Macron t’es foutu, les braves-gens sont dans ta rue!
Oui, parce qu’on les a retrouvés devant l’Elysée, ces nanas et ces types plus ou moins porteurs de ce fameux « gilet jaune » qui, pour une fois, présente une utilité: tant qu’à l’avoir dans la bagnole pour éviter la prune susceptible de découler d’une absence d’équipement de bord règlementaire, autant le porter pour aller faire un petit coucou à Présipède. Le jour où ce dernier, en pleine explosion des prix du gazoile, crut bon de faire savoir qu’il poursuivrait sans faillir l’augmentation continue de la fiscalité « verte », la cause se trouva entendue, la goutte fit déborder le réservoir. Ils avaient jusque-là tout supporté, les cocus des prélèvements obligatoires, mais là, tout à coup, ça faisait trop. Ce morveux, accoutumé à les traiter de pleurnichards, de fainéants, d’illettrés, de gens de rien, entre autres marques de considération, leur intimait, avec sa bille de faux-cul, l’ordre de cracher de plus belles au bassinet d’une « transition énergique »  dont la ficelle se voit depuis la Lune. Tant que le prix du baril baissait, ils pouvaient y aller sans trop de crainte, nos braves gouvernants successifs, mais avec la remontée brutale des cours la combine a viré au désastre pour les forçats de la bagnole. Obligés, pour cause de prix de l’immobilier, d’aller crécher de plus en plus loin d’un boulot mal payé, leur sensibilité au coût du plein s’exacerbe et le petit « président des riches », incapable de sentir venir le coup, commence à faire les frais de leur grogne un peu désespérée. Elles n’y changeront rien, les mesurettes à la con décidées en catastrophe afin, soi disant, d’aider les pauvres à changer d’automobile; pas plus que les commentaires du style, « ah oui mais ça augmente pour deux bons tiers à cause du prix du brut« … pauvre con, tout ce que tu trouves à faire c’est de nous en coller un tiers supplémentaire en attendant les augmentations futures que tu nous promets déjà! Et maintenant, on nous balance à grands coups de media « plus la peine de manifester, bonnes gens, le pétrole baisse, la pompe va en faire autant! Si ce n’est pas prendre les enfants de la Répupu pour des jambons de Bayonne…
Sans compter que le gazoile c’est juste la partie émergée d’un iceberg qu’on pressent énorme, en dessous de la ligne de flottaison. Des années et des années de rancœurs accumulées quand ça commence à sortir on ne peut pas vraiment savoir où ça va s’arrêter.
Tenez, prenez Grauburle, par exemple, ça fait des décennies qu’il en prend plein la gueule sans moufter. Son problème à lui c’est qu’il a de plus en plus de mal à s’offrir sa petite biture post-prandiale, celle qui lui assure une bonne sieste paisible dans son coin perso Derrière Napoléon ; depuis le coup de la CSG il a du mal, le pauvre, à assurer ses cent sous quotidiens de blanc-limé. Vous avez bien Thérèse qui lui accorde du crédit, quitte à oublier de réclamer le solde, mais c’est humiliant, tout de même, pour un ancien préposé des PTT! Alors il l’a revêtu, Grauburle, le gilet-jaune qui depuis des années prenait la poussière dans sa vieille 4L; et il s’en est allé gaillardement arpenter les rues de la ville, en compagnie de trois mille clampins animés des mêmes intentions de rouspétance généraliste. Le seul problème c’est qu’il a fini par se retrouver en compagnie de Ciotti, juste à côté, dites donc! Du coup ça l’a refroidi, il a remis le gilet dans sa poche et s’en est retourné au bistrot.
– « Vous comprenez, les mecs, moi je veux bien aller gueuler contre Macrouille, ça reste logique comme démarche, y me semble, mais si c’est pour servir la soupe aux politicards professionnels en mal de voix, je préfère encore me bourrer la gueule entre amis! Moi je marchais tranquille, entre Jean-Jacques et Gérard, vous savez, les retraités de Roblot-Borniol… à tel point que sans les vociférations des défileurs j’aurais fini, à force de marcher en troupeau, par me croire à un enterrement. Et puis voilà l’autre nabot-crâne d’œuf qui se pointe avec deux autres blaireaux du même acabit, et hop, ni une ni deux, ils passent le machin jaune par dessus le costard et vas-y que je t’emboîte le pas en tête de cortège. Juste quand on descendait l’avenue par les rails du tram, lequel, bien entendu, ne pouvait plus circuler…je vous dis pas les râleries des fatmas bâchées qui se trouvaient dedans avec chiares et poussettes! A ce moment là j’avais l’impression de faire œuvre utile, par le fait, et il a fallu que le petit crevard rapplique avec sa gueule enfarinée de charognard à suffrages. Bon après tout c’est son droit, y a rien à lui reprocher, seulement moi, ça m’a gâché le plaisir de faire chier la démocratie, vous comprenez. De droite, de gauche, du milieu ou d’ailleurs, tous ces comiques ça reste des profiteurs du pauvre monde…alors pourquoi on les accueillerait à bras ouverts, hein? Moi, je me suis barré et mes potes aussi, on s’est repliés au troquet et on a tapé une belote avec Jeannot, c’est moins fatigant et ça permet de mouiller la meule de temps à autres, chose qui se révèle difficile quand on déambule dans les manifs, pas vrai camarade Foupallour? Et si tu nous payais la tienne, non? Y commence à faire soif, à ç’theure! »

Bien obligé, la mort dans l’âme, de s’exécuter, l’interpellé en profite pour s’emparer du crachoir. Jean Foupallour qui donne son point de vue sur des questions comme les Gilets-Jaunes et leur présumée récupération politique, ça peut présenter un certain intérêt, au moins d’un point de vue anthropologique.
-« Oh ben moi, vous savez, j’y suis pas allé dans leur gros raout. L’idée d’empêcher les gens de circuler, juste pour emmerder Macroûte et sa clique, j’ai pas compris. Ben oui quoi, admettons qu’hier j’aurais eu un truc important, à faire, je sais pas, moi, tiens aller aux champignons par exemple. Alors bon je prenais ma voiture… à supposer bien sûr que j’en aie une, qu’au prix où ça navigue, ces machins-là, c’est pas avec mille cinq-cent balles par mois moins le loyer et les pastagas, que je vais pouvoir m’en offrir une… Bon bref, qu’est-ce que je disais… ah, oui, je prenais ma bagnole et tchac! Plus moyen de sortir de la ville à cause d’une bande de falabraques comme Marcel et ses alcooliques…enfin acolitres, on dit, je crois… qui bouchent toutes les rues pour emmerder le Président de la République! Et là j’ai du mal à saisir les tenants et les abrutissants, vu que pour le coup c’est moi qu’est emmerdé! Macron, lui, s’il a envie de se taper un plat de morilles, de cèpes voire même de petits-gris c’est pas le défilé à la con des gilets couleur-cocus qui va lui couper l’approvisionnement, vous mordez le topo? Par contre, le Jeannot, son petit plaisir il va pouvoir se le carrer où je pense en guise de suppositoire… Putain, pour comprendre votre truc, faut s’accrocher, tu sais Marcel, je vois pas la logique… »

Et une fois encore, dans l’estaminet de Thérèse, comme la plupart des Dimanches-matin, c’est le vieux Maurice qui a le dernier mot. Il nous dit, comme ça, tout en descendant une jolie gorgée de son éternel demi-pression:
-« Y a pas à tortiller, le Système arrive à sa dernière extrémité, alors il faut bien prendre le taureau par les couilles et commencer à secouer les puces à toute cette bande de parasites incapables qui profitent de la connerie républicaine pour se fignoler des carrières dorées sur tranche. La question c’est comment on fait? Et c’est vrai qu’on a pas beaucoup de solutions, on s’exprime comme on peut. Alors je suis d’accord avec toi Jeannot, y a pas de raison qu’on te prive de tes chanterelles impossibles, mais faut bien trouver le moyen de faire voir qu’on proteste. Avant on prenait d’assaut la Bastille, maintenant on bloque l’autoroute…reste à trouver la plus conne des deux solutions… ça se vaut, sans doute… l’avantage de l’autoroute c’est qu’on peut s’en resservir le Lundi, pour retourner au boulot. Parce que c’est comme ça qu’elle va se terminer, leur jacquerie de week-end, les mecs qui bossent devront reprendre le collier dès demain. Il n’a pas trop de souci à se faire, le Présipède, les braves gens ne peuvent se révolter qu’en dehors des heures…ça va générer des trous dans l’action! Vous voyez, au fond, l’honnêteté et la politique ça fait mauvais ménage; quand on vit de son taf ça laisse peu de temps pour s’occuper des affaires publiques. Voilà pourquoi, sans doute, la démocratie ça sera toujours une affaire de voyous et d’escrocs…
Allez, à la bonne vôtre! Et pour la prochaine tournée je prendrai bien un petit jaune, faut savoir se mettre au diapason! »

Que la paix soit avec vous, avec ou sans gilet.
Amitiés à tous et bonne semaine.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

Élucubrations commémoratoires

Je voulais titrer « Itinéraire d’un enfant gâteux », moi, ça sonnait bien et je trouvais fort approprié, sans compter le côté farce, qui fait image, et la vacherie bien sentie sous le couvert vicieux du trait d’esprit. Manque de bol ça c’est déjà fait, vous pensez, j’ai vérifié! Je ne suis tout de même pas le seul, loin s’en faut, à pratiquer cette sorte de dérision qui consiste à traficoter les mots pour chercher l’effet comique à bon marché. Donc, tant pis, j’abandonne. Dommage ça en aurait sûrement amusé plus d’un mais j’ai des principes, je ne saurais donner l’impression de me parer des plumes du paon. N’en parlons plus.
Entre nous, d’ailleurs, l’itinérance mémorielle de Présipède se suffirait presque à elle même, tant la formule recèle de connerie prétentiarde. Ça rappelle un peu les trouvailles de l’Éducation Nationale lorsqu’elle introduit dans le cursus calamiteux de nos chers bambins, un concept nouveau, fruit de la constante ébullition des cervelles pédagogiques certifiées conformes, et propre à abrutir encore un peu plus le corps électoral futur de ce pays en capilotade.

Alors justement, je me dis comme ça: oui, très bien, il faut commémorer, ça ne se discute même pas. Un siècle s’est écoulé depuis l’armistice de 1918, impossible de  laisser passer un truc pareil sans marquer grave le coup, quoi, un peu comme si j’escamotais mes dix années de blogage assidu qui s’accompliront Vendredi prochain… vous voyez bien le caractère incontournable, pas vrai? Donc, en effet, l’affaire mérite plein de cérémonies, de discours, d’allumage de gaz sous l’Arc de Triomphe, de défilés musique en tête avec plein de jolis drapeaux portés par de vieux birbes, lesquels, par la force des choses, ne participèrent pas au big massacre de 14/18, ni même, sans doute, à la guerre subséquente dont la fin européenne remonte tout de même à plus de soixante-treize ans; sauf à s’être engagé au berceau, on voit mal l’ancien combattant de 39/45 défiler au pas cadencé avec un bâton de dix kilos planté dans le nombril, ce serait la descente d’organes assurée, en plus!
Mais là n’est pas la question et c’est ici que je boucle, notamment, sur les joyeusetés de l’Éducation Nationale.
On commémore, d’accord, mais pour qui? Parce que vous savez, enfin vous imaginez je pense, que les gens en capacité de percevoir la Grande Guerre de manière quelque peu concrète, ne sont plus, si j’ose dire, légion. Les génération d’aujourd’hui, vous leur parlez de Vercingétorix, de Napoléon (les deux), de Richelieu, de de Gaulle, de Charlemagne, de Clémenceau, ou de Louis XIV, c’est comme si vous souffliez dans un violon. Peut être les meilleurs élèves ont ils pu avoir vent des personnages en question, mais seule une dérisoire minorité se révèlerait capable de vous les situer grosso-modo dans le temps. On n’apprend plus les dates, vous comprenez…on n’apprend plus grand chose d’ailleurs, vu l’atmosphère de guinguette sub-saharienne qui règne dans les salles de classe. Du coup, à ces gens là, vous leur suggèreriez de célébrer la fin de la Guerre de Cent Ans, la bataille des Champs Catalauniques, la Paix de Nimègue, voire même la Victoire de Samothrace, pourquoi pas, de toute façon, ce serait kif-kif bourricot, pour causer comme Mère-Grand. Les seules victoires susceptibles de leur parler restent celles du PSG Qatari, ou, pour les plus avertis, celles de la Musique…disons de la Zicmu. Sans rappeler, bien entendu, la profonde modération qui caractérise le sentiment d’appartenance à la Nation chez la plupart de nos jeunes concitoyens. Pour ces populations-là, célébrer la Répupu et sa gloire d’il y a cent ans, ça n’existe même pas, comme si de tels phénomènes se produisaient sur la Planète Lambda de la Galaxie Monzobe, à cent millions d’années-lumière. Et Macrouille aura beau chanter, de sa jolie voix de fausset enrhumé, notre éternelle reconnaissance pour le coup de main -bien involontairement- filé à nos Armées par les tirailleurs Sénégalais ou Algériens, cela n’y changera rien. C’est parler dans le vide, vox clamans in deserto! Que cela, bien sûr, ne nous empêche pas de commémorer, mais il importe juste de savoir qu’on le fait à l’intention exclusive des vieux, de ceux qui ont encore les histoire de La Marne, de Verdun, des Dardanelles et du Chemin des Dames, blottis dans un coin de l’esprit. Dans trente ans, il n’en restera plus un seul et les septuagénaires comme Présipède -si Dieu lui prête vie- parleront, à l’instar de ce dernier aujourd’hui, de choses qu’ils ignorent parce qu’il n’en ont, pour les plus instruits, qu’une connaissance livresque et imaginaire. La Guerre de  quatorze, pour nous, les vieux, ça évoque encore les gens qui nous en ont parlé parce qu’ils l’ont vécue. Après, il ne reste plus que des idées vagues et confuses fondées sur l’idéologie patriotico-démocratico-maçonnique et son verbiage infect. Un jour ou l’autre on finira par s’en soucier comme d’une guigne, on célèbrera plus volontiers, sans doute, la fin des évènements d’Algérie et les accords d’Évian. Peut être cela conviendra-t-il aussi bien; la Répupu, responsable du massacre de la fine fleur de la jeunesse du siècle passé et des catastrophes en cascade qui s’en sont suivies, trouve mieux sa place dans le renoncement et l’abandon que dans la célébration des désastres glorieux. Et pourtant…

Pourtant ça passe vite, un siècle. Nom de Dieu, je viens de réaliser…né, jour pour jour vingt-huit ans après ce fameux 11 Novembre 18 je me dis que rapporté à aujourd’hui ça nous mettrait en 1990, autant dire hier; vous vous rendez compte! En gros, la guerre du Golfe se retrouve à même distance du morpion qui naitra l’an prochain! Voilà pourquoi mes grand-pères et autres bonshommes de leur entourage, sans parler des grand-mères, grand-tantes, tout ça, traitaient l’affaire comme si elle venait d’avoir lieu. Mon aïeul Nouratin 1er, notamment, très remonté contre la bêtise mortifère républicaine, vu ce qu’elle lui avait fait subir pendant quatre années bien tassées, en avait conçu une détestation farouche pour tout ce qui rappelle de près ou de loin le patriotisme cocardier, l’armée franchouille et ses criminels en chef, le drapeau tricolore, tous ces pièges à con pour militaires parias; et il ne chantait jamais La Marseillaise que pour la terminer ainsi:
Qu’un sang impur abreuve nos sillons,
                                         Tas de cochons!
Je n’ose même pas imaginer ce qu’il aurait pu dire si par malheur il s’était fait tuer! Hommage lui soit toutefois rendu, j’en profite, y a pas de raison, c’était un Homme de Bien et plein d’humour ce qui, dans la plupart des cas, va de pair.
Oui mais voilà, les générations se succèdent et ne se transmettent pas grand chose, finalement. Les messages qui passent les siècles se comptent sur les doigts de la main d’un manchot de Terre Adélie. Et en général ce sont des conneries! Les jeunes-gens qu’on interviewait se matin sur les Champs-Élysées, faisaient état de tout ce que nous devions aux Poilus, « morts pour notre liberté« … Mais c’est quoi cette niaiserie? On peut encore gober des billevesées de ce calibre? Quelle liberté, pauvres cons? Celle d’une hécatombe imbécile dont nous paierons à jamais les conséquences? Celle qui nous a privés de centaines de milliers d’homme d’avenir? Celle qui a fait déferler chez nous tout une kyrielle de métèques attirés par les places ainsi laissées vacantes? Celle qui nous assujettit au diktat des bien-pensants à arrières-pensées? Celle qui nous oblige à subir sans moufter l’invasion des sauvages? Celle qui nous contraint à payer des milliards pour entretenir ces derniers? Celle qui nous apportera bientôt la Charia?
Ah oui alors, elle fait plaisir à voir notre liberté! Presque aussi chouette que celle de nos aïeux du Front, libres de crever écrasés sous les déluges d’obus ou ratiboisés en pleine course à la mort par les maschinengewehr des Boches de la tranchée d’en face. Ça nous a menés où, ces stupidités meurtrières? Vingt ans après, la génération suivante attendait mollement, bien planquée derrière la Ligne Maginot, des armées Teutoniques qui, un beau jour de Mai, contournèrent l’obstacle pour déferler presque sans coup férir sur une France complètement abasourdie et contrainte en un mois à la capitulation sans condition et à l’occupation. Et aujourd’hui, dans notre huitième décennie de paix relative en Europe, c’est qui le patron, hein? Ben oui, la mère Angela, enfin ce qu’il en reste, en tout cas l’Allemagne triomphante, Deutchland uber alles, ça ne fait pas l’ombre d’un doute! Au bout du compte il ne l’a pas tellement perdue, sa guerre, l’empereur Guillaume… C’était juste une question de patience…Comme disait l’ancien tirailleur algérien de Pagnol (1):
« Avec cinq sous de cacahuètes,
 Hadj Guillioum y fait la fête!
 Oï, oï, oï, tina mélo,
 Hadj Guillioum ci t’un salaud!
Il a fini par gagner, le Hadj, cent ans après c’est lui le patron…mais nous autres on s’en fout, pas vrai, on vit libres!

Alors tant pis, commémorons gaiement…juste un truc, ne commémorons surtout pas le Maréchal Pétain! Pas lui, flûte! Même en admettant qu’il ait beaucoup moins de morts sur la conscience au titre de la seconde guerre que de la première, et même en considérant que ses copains, les autres Maréchaux de la Der des Der, le dépassent tous très largement en nombre de macchabées. Oh Pétain, non alors! L’opprobre éternel le frappe et l’indignité nationale l’éjecte à tout jamais de la commémoration franchouille! A tout jamais!
Alors Présipède, quand d’une certaine façon il rétablit la vérité sur le vieux kroum en question, il blasphème! La vérité, quand c’est contraire au Dogme, ça voue aux gémonies, demandez donc à Giordano Bruno, ou a Galilée! Il a du pot qu’on ait changé d’époque, le petit Manu à sa Bribri, sans quoi il risquait le bûcher!

Amitiés à tous et bonne semaine.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

(1) Dans Marius, si j’ai bonne mémoire.

 

Une vraie purge!

-« Nous vîmes tout à coup jaillir Bolsonaro! Plaît-il? Que dites vous Blaise? Ah Jaïr, il se prénomme Jaïr… et qu’est ce que vous voulez que ça me foute, ça? Il s’appelle comme il veut, ce mec, enfin comme il peut, là n’est pas la question voyons! Non, en revanche vous parlez d’un traumatisme! Après que nous ayons vu rappliquer Orban, surgir Trump, débouler Salvini, voilà les Brésiliens qui s’y mettent aussi! Alors là ça dépasse tout! Le Brésil, un pays si sympa, avec la Samba, le Pain de Sucre, les petits culs bronzés qui se trémoussent en cadence, tout ça, et qui avait pris la bonne habitude de voter à gauche comme un seul homme! Vous vous rendez compte? Des gens qui avaient élaloulu, je veux dire élu Loula, j’en bafouille! Et ensuite Dilma! Tout allait pour le mieux, à part quelques bricoles, un peu de corruption endémique, qui n’en a pas son lot? Sept ou huit meurtres à l’heure, d’accord…mais faut comprendre tout de même, on est sous les Tropiques, là, ils ont le sang chaud! Et puis ça n’est pas une raison pour élire un nauséabond de ce calibre, tout de même! Ça va qu’il lui ont mis Jaïr en petit nom, comme vous dites, mais Adolf ça lui aurait convenu à merveille, vous savez! D’ailleurs, vous lui collez une moustache et une petite mèche sur le front et on s’y casse le pif. Le même vous dis-je, une réincarnation, bouh quelle horreur! Pardon? Il aime bien les Juifs, lui au moins? Non mais vous vous foutez de qui, là? Parce que le type installe son ambassade à Jérusalem dans le but de faire plaisir à Trump et puis surtout pour emmerder les Palestiniens? Vous appelez ça aimer les Juifs, vous? Un nazi, oui, pur jus! Bien sûr on a changé d’époque et de continent, alors forcément les purges évoluent aussi, dans les mêmes proportions. Mais vous verrez ce que je vous dis, ce type c’est le Führer Sud-Amerloque du siècle digital, l’autocrate inculte et abruti de l’Amazonie infernale, l’affreux-ignoble, avoué sans vergogne raciste, homophobe, misogyne, nostalgique de la dictature militaire, tout quoi, la totale, le carton-plein! Soyez assurés qu’il va nous en commettre, celui-là, des crimes contre l’humanité! Selon les procédés infâmes de l’extrême-droite, vous pensez, il va se gêner! Vous allez voir ça, la peste brune, les gendegôches qui disparaissent sans laisser de traces, au petit matin merdeux, les nervi à chemise sombre qui tambourinent à la porte, comme la Gestapo des HLPSDNH (1), les camions bâchés qui emmènent les martyrs vers la torture et vers la mort, les mamans éplorées qui cherchent leurs fistons, les épouses violées par la soldatesque fasciste, les orphelins abandonnés de tous qui crèvent de faim dans la rue jusqu’à ce que la Milice les escamote à jamais! Vous réalisez la catastrophe j’espère? Qu’est-ce qu’il y a encore? Comment? Lula lui au moins il ne risque rien vu qu’il se trouve bien pépère en taule! Non mais quel culot, Foupallour, vous passez les bornes! Vous gausser de cet Homme de Bien, ce Grand Progressiste dont le seul tort réside dans son état de prolétaire. Sa formation d’ajusteur, hélas sommaire, ne lui a pas permis de bien comprendre les lois! Alors bien sûr les autres Réacs ne lui ont pas laissé sa chance, la moindre erreur  de droit et hop, au trou le sale ouvrier, bon débarras, pas vrai? C’est comme Dilma! Qu’est-ce qu’elle a fait Dilma pour se voir traînée dans la boue et même devant les tribunaux, hein, je vous le demande? Ah vous ne savez pas? Eh bien je vais vous le donner, moi, le prétexte: maquillage de comptes publics! Et voilà le travail! Alors je vais vous dire, moi, et je connais la question, vous savez, j’ai même été parlementaire, dans le temps! Eh bien si on devait clouer au pilori tous ceux qui, de toute éternité, ont traficoté les comptes de l’État ou des collectivités locales, je vous garantis qu’il n’y aurait plus un seul politicien en liberté et que le Panthéon se retrouverait quasiment vide! Une honte de chercher ainsi les poux dans la tête à une femme de cette qualité! Un si beau pays qui promettait tellement et qui se jette dans le bras d’une ordure de la droite la plus abjecte! Je vous jure, c’est à se les prendre et à se les mordre jusqu’au sang!… Vous nous remettez ça, Thérèse? »

Bien sûr, la noble colère de Maître Jean Trentasseur, devait un jour ou l’autre éclater bruyamment Derrière Napoléon; à force d’avaler les couleuvres du « populisme » triomphant, il finit par craquer, le pauvre, faut comprendre. Toutefois, comme d’habitude, il ne se trouve pas grand monde pour l’accompagner dans le courroux. En ce qui concerne le criminel présumé Bolsonaro, on en apercevrait même un certain nombre tout prêts à jalouser les Brésiliens. Jean Foupallour, déjà, dont le manque de respect pour les premiers ministres de gauche, à commencer par le nôtre, Barbapoux Philippe, se manifeste à tout propos, à la moindre opportunité, comme à l’instant au sujet de l’illustre Loula Da Silva si cher au cœur de notre pote avocat-rose-macronnisé.
Mais pas seulement Jeannot, le vieux Maurice aussi! Lui ce qui le travaille c’est l’amorphisme franchouille, l’apathie que l’on rencontre notamment chez les followers de l’illustre Aphatie, le révolté professionnel de la bien-pensance-politiquement-correcte. Après une petite gorgée, histoire de se mettre en voix, il nous déclare:
-« Moi, je m’en souviens très bien, c’était il y a soixante ans quasiment jour pour jour. Je me trouvais encore en Algérie, à l’époque, avec dans l’idée que le camarade Charlot Gros-Pif, lequel venait de faire adopter, à une écrasante majorité, la Constitution de la Cinquième, nous remettrait le boxon français sur les bons rails. Le type avait des couilles, tous les pouvoirs ou presque et les idées assez claires sur le sort qu’il convenait de réserver aux idéaux de la Gauche. J’en discutais, ce jour-là, avec un prisonnier, un intello Kabyle qui s’était fait gauler en tentant de poser un pain de plastic dans la bagnole du Colon. Les intellos, il y a des choses qu’ils devraient éviter, même Kabyles on les sait toujours habiles comme des manches à couilles. Le type en question c’était son cas, au lieu de placer son piège bien comme il faut sous l’aile avant gauche, il avait commencé par enfoncer le crayon et n’arrivait plus à s’en dépêtrer quand le chauffeur s’est pointé, l’a chopé au colback et ramené au quartier à coups de pieds au cul, non sans avoir préalablement désamorcé l’engin. On me l’avait donné à garder, en attendant les ordres.
Alors, vous savez ce que c’est, dans ces cas-là, on cause, on n’est pas des bœufs, et moi, le mec, tout de suite je l’avais pris en sympathie. Un civilisé, pas un de ces tordus qui nous coupaient les baloches à la première occase, histoire de décorer le plafond du gourbi. Et en plus, vachement intelligent, ça se voyait dans son regard. D’ailleurs, après l’abandon de l’Algérie j’ai appris son exécution sur le front des troupes FLN, il n’avait pas sa place parmi les vainqueurs de la grande révolution arabo-marxiste, ce garçon, son avenir radieux c’était la fosse commune avec douze balles dans le cuir.
Perso, vu qu’à l’époque je dépassais à peine les vingt piges, ça m’intéressait de discuter avec ce genre de bonhomme, plutôt d’écouter, surtout, vu que ce qu’il pouvait raconter c’était sûrement plus intéressant que mes petites histoires de razzias mortelles au fin-fond du Bled.
Ça m’a marqué, ce qu’il m’avait confié, notamment, qu’à son avis, de Gaulle ou pas, la France lui apparaissait très mal embarquée. Il avait connu l’Université, Abdelkrim Innel -c’était son blaze- et pour lui, les types qui comptaient dans le pays se révélaient tous plus ou moins tarés, engoncés dans des idéologies d’un autre âge, incapables de s’adapter aux évolutions d’un monde qui se préparait à bouger comme jamais auparavant. Ce qui lui trouait le cul, c’était surtout la croyance aveugle de nos élites, à l’époque, dans le paradis soviétique. Il n’en revenait pas! Ça sautait aux yeux, l’horreur communiste mais personne ne voulait la voir, en tout cas pas les politicards franchouilles, à l’exception d’une toute petite frange de résidus de Vichy, les débris du pétainisme, tellement déconsidérés et rejetés qu’ils n’osaient même pas ouvrir leurs gueules. Alors tu comprends, qu’il me disait, avec des rigolos de cette envergure comme maîtres à penser vous êtes foutus, vous allez vous faire bouffer tout crus…peut être même par nous, les ex-colonisés, nous avons une revanche à prendre et vous vous laisserez faire… Putain, la vache, comme il avait raison!
Écoutez, Maître Trentasseur, pour vous le danger c’est l’extrême-droite, comme vous dites… Moi j’ai tendance à penser, si je m’en réfère aux paroles de ce pauvre Abdelkrim, que le péril viendrait plutôt de l’autre côté, voyez-vous, du côté des Macron et consorts, ceux qui préfèrent nous voir éliminés à petit feu plutôt que de nous défendre. Aujourd’hui les sauvages importés nous attaquent sur tous les fronts, ils s’en prennent à tout ce qui bouge, les profs, les pompiers, les toubibs et surtout les Poulets qu’ils vont même chercher à domicile, maintenant, histoire de leur emmouscailler la vie privée. Même qu’ils appellent à la « purge », ces ordures! La purge des Flics! Et c’est vous qui parliez de purge, Maître, à propos du Brésil, tout à l’heure? La purge on la déguste aujourd’hui, je la trouve bien amère, moi, surtout quand je pense qu’il avait tout vu d’avance, Abdelkrim…vous en pensez quoi, vous Maître? »

-« Eh bien moi, nous sort le Maître ainsi apostrophé, j’en pense que votre Abdelkrim c’était juste un réactionnaire, voilà tout! »

Le Grand-Orient a parlé! Alors, vous voyez quelque chose à ajouter, vous? Ben non, nous autres non plus, le silence se fait autour du zinc…et puis vous voudriez causer de quoi, vous? Du prix du gazoile? Des itinérances mémorielles de Présipède? Du referendum pour bien mettre sous le nez aux Canaques qu’ils sont minoritaires dans leur propre pays…comme nous autres bientôt?
Vraiment, non, la morosité l’emporte, même le temps qui s’y met, tout ça c’est une vraie purge!
A votre bonne santé mes amis!

Que la semaine vous soit douce!
Amitiés à tous.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

(1) « Les Heures Les Plus Sombres de Notre Histoire »…mais non, pas le 10 Mai  1981, voyons…ni le 7 Mai 2017, non plus!